Que veux-tu, Achille?

debut_article« Tu as le choix entre une vie longue, heureuse et sans éclat, ou une vie courte et glorieuse », dit un jour la mère d’Achille à celui-ci. Des années plus tard, l’invincible Achille mourrait glorieusement, une flèche plantée dans le talon, devant les murs de Troie.

Achille, qui selon la légende, alors qu’il n’était qu’un enfant, aurait été trempé dans les eaux de l’enfer par sa mère, rendant son corps vulnérable. À l’exception du talon, par où il était tenu.

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Bonheur! J’entends ton nom partout! Tous veulent être ton ami, te posséder, te garder. Tu es aimé et désiré par tous. Mais tu es trop aimé, et surtout trop désiré.

À notre époque d’abondance matérielle, le bonheur est érigé en roi, en idéal. Et tout doit s’enlever de son chemin! Rien ne doit empêcher d’y accéder!

Nous sommes dans une société où rien n’est plus important que le « bonheur », mot d’ailleurs inconnu par certains peuples. Mot dont la définition est abstraite et incertaine. Des milliers de livres sont écrits sur ce concept flou, qui offrent un assortiment de recettes plus ou moins miracle. Les auteurs et les éditeurs font des millions de dollars, sinon des milliards sur ce thème sans fin. Ce même thème, cette notion, qui n’existait pas à certaines époques. Car pour inventer le mot « bonheur », il a fallu qu’il nous soit accessible, à proximité. Pour inventer la notion de « bonheur », il faut mener une vie confortable, sans trop de tracas. Le mot bonheur a probablement été inventé davantage par un philosophe comblé et pensionné d’un roi, que par un agriculteur récoltant son champ.

Et si le bonheur n’était qu’une chose parmi tant d’autres? Une chose que l’on possède et que l’on perd de temps en temps. Une chose qui vient et qui part. Pourquoi est-ce qu’une vie réussie devrait impérativement être une vie heureuse? Pourquoi « diaboliser » la tristesse, comme si c’était un accident dans une vie qui ne devrait être qu’inondée de bienfaits? D’un côté il y a le bonheur et le succès, toujours souhaitables. De l’autre il y a l’échec et les sentiments négatifs, que nous devons au plus vite cacher et enterrer.

Et si l’échec, plutôt qu’être un accident sur le parcours lisse et parfait conduisant à la plénitude du bonheur, n’était pas parfois, sinon une bonne chose, du moins une chose normale et acceptable de la vie? Car il est là le problème : nous n’ACCEPTONS pas l’échec. Nous le subissons, contre notre gré. Mais au fond de nous, nous ne l’acceptons pas. Nous ne sommes pas sereins en face de lui. Nous voyons l’échec et la tristesse comme nos ennemis. Pourtant, ce sont parfois nos meilleurs amis!

Nous sommes vieux et manquons d’argent? Nous voulons continuer à vivre notre vie de consommateur matérialiste… à tout prix! Nous pourrions réduire notre train de vie. Mais nous ne le voulons pas. « Pourquoi se priver? Tout doit s’enlever du chemin du bonheur. » Au diable le patrimoine que nous lèguerons à nos descendants! Et ce travail d’équipe intergénérationnel… jetons-les par-dessus bord! Vendons la demeure familiale, et consommons jusqu’à ce que mort s’ensuive!

Nous devenons malades? Dépêchons-nous de nous remplir de médicaments, et d’acheter ce nouveau livre qui nous dira comment continuer à « vivre pleinement », comme si de rien n’était. Car bien sûr, la douleur ne doit pas exister. Et si cette maladie n’était pas plutôt un frein que la vie nous impose, nous amenant ainsi à réfléchir et évoluer? Et si cette introspection, ce retour aux sources, d’abord désagréable, n’était pas une chose si mauvaise en soi.

Disons-nous le franchement, une bonne fois pour toutes : ne pas être constamment heureux, ce n’est pas la fin du monde. Arrêtons donc de trop nous stresser avec ça. Changeons le mot « bonheur » par la joie, immédiate, simple, accessible. Ne dit-on pas que le bonheur est une bonne heure? Et si le bonheur n’était pas plutôt un mélange de joie répétée et de sérénité? Et qu’est-ce que la sérénité, sinon ce calme intérieur, cette paix avec nous-mêmes, ce sentiment que l’on est ce que le destin a voulu que l’on soit?

Christophe Colomb a découvert l’Amérique. Magellan a fait le tour du monde en bateau. Pensez-vous vraiment que ces voyages aient été plaisants? Malgré cela, au fond d’eux, ces aventuriers étaient heureux, mais d’un bonheur plus profond, plus authentique. Ils manquaient certes de nourriture. Ils étaient souvent malades. Ils dormaient sur des lits inconfortables. Malgré cela, je suis certain qu’au fond d’eux, ils étaient plus heureux que bien des rois dans leurs palais douillets.

Achille a eu le choix entre une vie heureuse et sans éclat, et une vie courte et glorieuse. Il a choisi la mort, mais l’immortalité de sa légende. Et les histoires de Magellan et de Christophe Colomb continuent de faire le tour du monde.

Disons-nous-le franchement : il y a des choses plus importantes que le bonheur. Ce sont l’honneur, le dévouement, l’amour, le sacrifice de soi.

Il semble parfois que pour faire l’Histoire, un homme doive sacrifier son bonheur, et ce jusqu’à sa mort.

Et toi, Achille, veux-tu une vie heureuse et sans histoire, ou une vie courte et glorieuse?

Et je te dis que si, ayant déjà tout ce qui pourrait rendre heureux, ton regard porte encore vers le lointain horizon… si tu as ce dont tous rêves, mais que tu rêves encore… je te le dis… laisse tomber ta couverture confortable, abandonne ta coupe de vin sur la table… prends ton épée et ton bouclier, et rejoints la flotte qui demain partira vers Troie.

FV

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qu’est-ce que la sérénité, sinon ce sentiment que l’on est ce que le destin a voulu que l’on soit?
qu’est-ce que la sérénité, sinon ce sentiment que l’on est ce que le destin a voulu que l’on soit?

 

Si, ayant déjà tout ce qui pourrait te rendre heureux, ton regard porte encore au loin... si tu as ce dont tous rêves, mais que tu rêves encore... je te le dis... laisse tomber ta couverture confortable, abandonne ta coupe de vin sur la table... prends ton épée et ton bouclier, et rejoins la flotte qui demain partira vers le lointain horizon.
Si, ayant déjà tout ce qui pourrait te rendre heureux, ton regard porte encore au loin… si tu as ce dont tous rêves, mais que tu rêves encore… je te le dis… laisse tomber ta couverture confortable, abandonne ta coupe de vin sur la table… prends ton épée et ton bouclier, et rejoins la flotte qui demain partira vers le lointain horizon.

 

« Tu as le choix entre une vie longue, heureuse et sans éclat, ou une vie courte et glorieuse », dit un jour la mère d’Achille à celui-ci.
« Tu as le choix entre une vie longue, heureuse et sans éclat, ou une vie courte et glorieuse », dit un jour la mère d’Achille à celui-ci.