Affaire Ward-Nantel – Les humoristes sont des fifures

debut_article2Quand les Gaulois se soulevaient, ils encerclaient une légion romaine et exterminaient jusqu’au dernier soldat. À notre époque, quand on se « soulève », on met des X sur notre photo de profil, on parle de boycotter une émission, et le soir venu, une bière en main, on écoute ladite émission. Et les plus courageux, les chefs de la tribu, ici nommés les « artistes », montent sur scène pour « appuyer le message ». On est loin d’Astérix et de la potion magique. On parle plus d’une bande d’Obélix sans force et colonnes.

Monter sur scène pour contester, comme l’ont fait les artistes-moutons (après avoir accepté leurs prix), ça aurait été courageux pour un artiste juif dans les débuts de l’Allemagne nazie. Dans le contexte de la censure au Québec, où le danger n’est pas aussi extrême, avoir un peu de courage, c’est risquer de perdre un contrat pour avoir tenu une opinion. Dans ce cas-ci, les responsables du Gala ont regardé ces artistes « de la contestation », et se sont dit, un sourire en coin : « onnnn, sont tu cute. Bon, vous avez fait votre petit show. Tout le monde vous a vus. Maintenant, continuons les choses sérieuses, les cotes d’écoute sont là. »

Sérieusement, je m’attendais à de quoi de bien plus significatif que ça. Je m’attendais à une révolution. On a eu droit à une parodie de coup d’État.

À vous, la majorité des humoristes : vous êtes des fifures, ou bien votre plan est naïf, ou bien la cause ne vous tient pas à coeur. La majorité d’entre vous n’avez même pas votre Niveau 1 de résistant. Vous auriez pu aller à une soirée parallèle et faire un « anti-gala ». Les caméras vous auraient suivies. Vous auriez pris toute l’attention médiatique, les publicités du Gala n’auraient pas eu l’effet escompté. Les autres médias comme TVA auraient eu droit de vous couvrir, ce qui aurait enlevé le monopole du diffuseur du Gala. Vous auriez même pu « censurer » Radio-Canada et lui interdire la couverture de l’anti-gala.

Les-humoristes-sont-des-fifuresEt ceux qui avaient des numéros, vous auriez pu tous appeler et vous déclarer « malades ». Vous auriez pu sceller votre pacte de résistant en buvant tellement d’alcool la veille, que vous auriez été forcés de tenir parole.

Et vous ne seriez même pas allés en prison. Et vous n’auriez pas perdu de contrats, car l’ayant tous fait, les producteurs n’auraient pas eu le choix de continuer avec vous. Ça aurait été historique.

Dire que j’avais vraiment l’espoir qu’aucun humoriste ne se présente. J’ai surestimé le troupeau de moutons en quête de blé doré.

À tous ceux qui ont vraiment boycotté et qui n’ont pas regardé le Gala, mes félicitations. Vous êtes le début de la solution. Vous avez fait mal là où ça fait vraiment mal : au portefeuille. C’est comme ça qu’on RÉSISTE : en étouffant l’ennemi, en détruisant son argent, en faisant en sorte que son chiffre d’affaires s’effondre, en faisant que les commanditaires nerveux se mettent à appeler, que ceux de la prochaine fois se mettent à ne pas vouloir investir. C’est comme ça qu’on change les choses : en mettant l’ennemi KO, en le faisant monétairement saigner.

Résister, c’est aller sur scène dans une dictature, et trembler quand les gardiens viennent vous donner des coups pour vous emprisonner. Ça, c’est résister. Et quand la tyrannie se transporte dans la rue et qu’un État totalitaire écrase ses citoyens comme les nazis en France, RÉSISTER, c’est prendre un pistolet et tirer un officier de l’armée d’occupation dans la tête, c’est faire dérailler un train et faire en sorte que l’incendie illumine jusqu’aux nuages. Ça c’est Résister, avec un R majuscule.

Ceux qui ont regardé le Gala par curiosité : vous avez fait en sorte que la controverse et la censure soient payantes pour les organisateurs du Gala.

« Oui, mais on va voter pour Mike Ward pour le supporter et envoyer un message. » Si je me souviens, voter dans un Gala coûte de l’argent. Drôle de façon de boycotter une organisation : en allant à son party et en laissant un généreux pourboire à l’entrée.

Pour contester le Gala, il fallait simplement… ne rien faire! C’était juste ça. Ne pas l’écouter, et pour les humoristes : ne pas y aller. Le X, une partie des gens aurait dû le mettre sur leur tête ou sur leur colonne.

FV
W

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