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TE-2017-03-01
Je vais vous dire un petit brin de vérité. Si j’étais un politicien en campagne, je ne pourrais pas vous dire tout ceci. Pas plus si j’étais cadre d’une grande organisation. Ouvrez vos oreilles et soyez attentifs. Pendant un bref instant, il n’y aura pas de filtre à cette vérité. À notre époque, c’est rare.

La vérité, c’est que les dirigeants, politiciens, banquiers, et autres personnes puissantes connaissent très bien la game. En public, les choses qui sont dites sont frappantes, spectaculaires, stratégiques. En coulisses, tout le monde se regarde avec un petit clin d’œil. À part les débutants, tout le monde est parfaitement au courant que ses adversaires savent que tout ça, c’est une grosse pièce de théâtre. Ils savent que la pièce de théâtre de façade est un jeu afin de faire avancer des groupes de pression respectifs, ou des idéologies. Ils savent que la vérité a le plus souvent aucun ou peu de rapport dans tout ça, et ils savent que leurs adversaires le savent aussi.

Tous ces décideurs se combattent entre eux, mais ils connaissent la game. Ils savent que quand leur adversaire dit de quoi de «stupide» à la télé, pour plaire à la population, c’est justement pour plaire à la population et gagner des points sur l’échiquier. Ils savent que cet adversaire connaît, le plus souvent, le fond de la vérité. Si c’est un vieux de la vieille, cinq minutes après son entrevue à la télé, cet adversaire admettra même que ce qu’il a dit était stupide. Il l’admettra sans émotion aucune, et ira par la suite à son prochain souper d’affaires, comme si de rien n’était. Comme je vous l’ai dit, la vérité, elle n’importe pas. Le monde ne veut pas entendre parler de vérité. Les gens s’en fichent de la vérité. Vous ne le voulez pas, nous ne le voulons pas. Arrêtons de nous racompter des histoires. Sur ça au moins.

Ces décideurs savent que leur adversaire, même s’il sait la vérité, ne peut pas la dire, car il doit plaire à sa «base», ses partisans et autres. Il devra donc entretenir la «bête» et dire ce qui doit être dit. Entre eux, tous ces gens sont capables de se parler de manière civilisée. Il faut simplement que les portes soient fermées et que les caméras et micros soient loin. Là, tout est humain et cordial. Jusqu’au moment où on retourne dans l’arène. Vous seriez surpris de voir à quel point des êtres humains qui semblent se détester se parlent de la manière la plus amicale, dans ces rencontres.

Ces décideurs savent que pour changer l’opinion de la population, il faut sortir une série d’articles coordonnée avec des journalistes, politiciens et autres. Ils savent qu’il faut payer et planifier «une fuite» avec une personne à l’allure innocente. On ne paye pas cette personne en argent (ça, c’est l’ancienne façon amateur), mais avec un emploi bien payé. Il se peut même que cette personne pense vraiment qu’elle mérite cet emploi. Le plus souvent, cet emploi sera payé avec des fonds publics. Bref, on fera un beau «package» de primes, pensions, avantages et autres. Si la personne sait des choses dangereuses, on lui fournira une belle voiture. Idéalement, cette personne achètera une grosse maison et aura des dépenses importantes, ce qui l’empêchera de quitter son confort.

Ces décideurs savent que le citoyen ordinaire est aussi manipulable qu’un poisson rouge à qui on brandit des miettes de pain. C’est une question de timing et de dosage. Ils savent que quelques photos d’un politicien qui prend et embrasse des bébés auront un effet sur la perception des mamans. Ils savent que de se faire prendre en photo avec une femme représentant telle ou telle organisation aura l’effet de plaire à des groupes de pression féministes ayant des millions de «followers». L’effet durera deux ou trois semaines, au plus. Si cette femme est une pro, elle comprendra que c’est une game, et s’attendra à une faveur en échange de cette photo. Celui qui demande la photo comprendra cela, aussi. Nul besoin de se le dire.

Ces groupes de pression, vaut mieux ne pas se les mettre à dos. Pas pour l’instant, du moins, étant donné qu’on pousse pour faire avancer une série de dossiers, comme le financement public d’une grosse compagnie en faillite.

Ces décideurs, ils savent que mettre sur pied un compte Instagram de photos de famille aura un effet positif. Les photos seront prises avec un photographe et une équipe spécialisée. On prendra 200 photos, on en gardera 20, qu’on fera traiter par des graphistes. Mais il faudra conserver un défaut ou deux, car ça donne ainsi une image de «naturel» qu’aimera une tranche précise de la population, surtout les jeunes mamans en surpoids de la tranche des 25-40 ans. Car de nos jours, les meilleurs traitements Photoshop sont ceux qui ne paraissent justement pas être du Photoshop. Ce l’est encore, mais, comme je vous l’ai dit, ce n’est pas ça l’important. L’important est de paraître, pas d’être.

Ces experts de l’image savent que le citoyen ordinaire est manipulable à souhait. Ils savent que ce même citoyen pense ne pas être manipulable. C’est pourquoi il faut mettre en application ce principe : pour contrôler quelqu’un, laisse-le penser que c’est lui qui contrôle.

Durant la session de photos, le bébé sera tenu à bout de bras pendant quelques secondes. Les sourires attendront d’être photographiés. Les expressions attendront d’être captées. On attendra que le bébé fasse ce qu’il doit faire. C’est le plus gros défi, car ce bébé, il ne comprend pas encore la game, lui.

En fait, ces experts de l’image savent que même si je vous explique tout ça, vous allez quand même, pour la plupart, vous faire jouer comme des amateurs. Car 99 % d’entre vous sont des amateurs dans ce domaine. Désolé, je ne mets pas de filtre. Je vous avais averti.

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FV
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