Soldat X s’en va en Europe

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Soldat X est tout excité de s’engager dans l’Armée et d’aller combattre les nazis en Europe.

Après l’entraînement, il part sur des navires de guerre, sur l’Atlantique. Il vit quelques alertes aux U-boot, sans jamais en voir un seul. Le convoi traverse l’océan sans problèmes.

Arrivée en Angleterre, le soldat X continue de s’entraîner. À cette étape, les Allemands sont sur la défensive et les seuls avions que le soldat X voit sont ceux des Alliés en route vers le Continent. Le seul signe qu’il y a une guerre quelque part est qu’au retour, les avions n’ont plus de bombes. De plus, certains appareils semblent éprouver des problèmes mécaniques, en raison de la DCA allemande.

Après plusieurs mois ennuyants, soldat X a enfin une première mission… effectuer la garde sur la côte, et essayer de détecter les avions ennemis. C’est une tâche ennuyante, mais au moins, c’est une vraie mission! Après deux semaines, la seule chose que soldat X voit est un V1 qui passe dans le ciel, à quelques distances. C’est la première fois que soldat X voit une «vraie» arme allemande.

Après un an d’ennui à écouter les vétérans de Dunkirk dans les bars, soldat X se prépare à aller en Normandie. Il est nerveux. Il ressent la peur de la mort, la vraie peur.

Son unité fait partie de la 4e vague d’assaut. Finalement, la plage du secteur canadien est prise facilement et son unité débarque sur les plages vaincues comme un groupe de touristes. La plupart des soldats voient l’Europe pour la première fois. Quelques explosions se font entendre au loin. Il n’y a même plus de cadavres sur la plage. Quelques bunkers allemands aux fenêtres noircies par le feu rappellent les combats des derniers jours.

Soldat X voit quelques Allemands pour la première fois! Ce sont des prisonniers. Aucun d’eux n’est blond, ce qui surprend soldat X. Aucune perte n’est à signaler dans l’unité de soldat X, mis à part un gars tombé malade et qui a dû retourner au Canada. C’était pourtant un bon soldat. Il a fallu que son officier lui donne l’ordre direct d’embarquer dans l’ambulance, tellement il voulait combattre «le boche».

Deux semaines plus tard, l’unité du soldat X n’a toujours pas vécu de baptême du feu. C’est à se demander si c’est vraiment une «guerre mondiale», tout ce qui se passe.

Finalement, l’unité du soldat X est appelée en renforts, près de Caen, à quelques distances des plages. Vingt minutes après être arrivé, son peloton tombe face à face avec une unité allemande des Jeunesses hitlériennes. La surprise est palpable dans les deux camps.

L’échange de feu dure moins d’une minute. Les Allemands ont été chanceux : un de leurs chars a tiré à l’aveuglette dans une série de bosquets. Le problème est que le peloton du soldat X s’y trouvait. Résultat : une section entière a été tuée ou gravement blessée. Le peloton doit être réorganisé.

Le soldat X, gravement blessé, est retourné au Canada. Il n’aura jamais vu un seul soldat allemand au combat. Le char d’assaut qui l’a blessé, il ne l’a même jamais vu. Son seul souvenir est une vague étincelle depuis une lointaine fermette.

Ce que je viens de vous raconter est typique en temps de guerre : l’attente, l’ennui, les émotions, l’anticipation. Et puis tout arrive en une seule journée, voire quelques minutes. Tout est joué là. Pour plusieurs, la guerre se termine de façon abrupte, sans gloire, sans histoire.

Le courage du soldat ne réside pas seulement dans ce qu’il vit : en fait, plusieurs guerriers ne vivent pas grand-chose, une fois en zone de guerre. La valeur du soldat est dans sa détermination à s’exposer au danger, à être prêt!

C’est pourquoi je respecte autant les soldats qui n’ont «rien vécu au front», car pour moi, ils étaient prêts! Et c’est ce qui compte pour moi!

FV
W

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